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Oser dire sa souffrance d’enfant

Lorsque le handicap survient subitement après un accident ou une maladie, les blessures sont souvent plus traumatisantes, car elles n’ont pas été anticipées. Mathilde, qui a vu sa famille décimée par un accident et dont le père est aujourd’hui lourdement handicapé, repère ici les principaux points de souffrance...

Dans cette situation, l’enfant ressent douloureusement :

  • La perte du parent "comme avant". C'est une sorte de mort du père, mais une mort sans cadavre.
  • La souffrance de voir son père détruit, et sa propre souffrance ; les deux se mélangent insidieusement. L'enfant se sent coupable d'avoir cette pensée égoïste : " C'est mon père qui souffre et c'est moi qui me plains de ne pas pouvoir jouer avec lui ! " Cette culpabilité peut être renforcée par les propos de l'entourage : "Tu as de la chance, ton père est encore avec toi…"
  • L'interdiction d'exprimer sa souffrance. Si, bien sûr, en théorie, on dit écouter l'enfant… Mais en pratique, il lui est interdit de crier son mal-être, cela risquerait d'en rajouter sur le dos du parent qui souffre déjà, non seulement de son handicap mais en plus de ne pas pouvoir s'occuper physiquement de son enfant.
  • Une responsabilité très lourde, parfois trop. L'enfant doit prendre en charge tout ce que le parent ne peut pas faire, tant sur le plan du quotidien que dans le domaine psychologique.
  • Une crise d'adolescence impossible. Les autres adolescents ont le droit d'envoyer promener leurs parents… Pas les adolescents de parent handicapé, surtout si c'est suite à un accident.
  • Il y a enfin une autre grande souffrance quand il y a inversion des rôles et que l'enfant devient le parent de son père. Il l'aide à marcher, à manger, à couper sa viande, à écrire, à comprendre les autres… Bref : tout ce que fait une mère avec son jeune enfant !
  • Cette souffrance peut culminer quand l'enfant devient l'infirmier de son parent. L'enfant a quinze, seize ans… et l'on trouve plus simple que ce soit lui qui donne un coup de main pour la toilette de son père (ou de sa mère), qui prépare ses médicaments, voire qui fasse des soins. Je parle ici de choses vécues. Cela est d'une violence extrême… et il faut continuer malgré tout à parler gentiment à son parent handicapé, à jouer le petit enfant docile. Il me semble, pour finir, que le plus difficile n'est pas d'écrire cela sur une feuille de papier, mais de le dire ouvertement. Car oser dire sa souffrance d'enfant, c'est en remettre une couche sur le dos du parent handicapé… et c'est un énorme tabou !

    Mathilde, jeune mère de famille, Ombres et Lumière n°157

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