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© Luc Tesson

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Peut-on éduquer sans punir ?

Bernadette Lemoine, psychologue, réfléchit à la place des récompenses et punitions dans l’éducation des enfants. Ses remarques peuvent éclairer la manière de se comporter avec son enfant handicapé.

Quel est le plus important dans l’éducation ?

Eduquer, c’est conduire hors de l’enfance, jusqu’à l’âge où l’enfant sera autonome (ce qui ne veut pas dire indépendant) et adulte. Cette éducation ne peut se faire que par amour, avec amour et pour l’amour. Finalement, éduquer, c’est apprendre à un enfant à aimer.
Je dirais qu’il faut faire quatre fois plus de compliments à un enfant que de reproches. Bien faire rend heureux et donne le plaisir de mieux faire. Mais attention : se garder de dire à l’enfant "Tu es un super garçon". Non, "C’est ce que tu viens de faire qui est bien, qui est gentil". Sinon, certains enfants deviennent des enfants modèles, et croient qu’ils doivent être parfaits pour être aimés.

La récompense vient-elle aider l’enfant à bien faire ?

Une récompense ne peut être automatique. L’enfant ferait alors les choses pour avoir un cadeau. Les parents peuvent en donner de temps en temps, par surprise ou lorsque l’enfant a réussi à vaincre une difficulté très particulière et qu’il faut l’encourager.

Les exigences aussi sont nécessaires ?

Les exigences que l’on pose aident l’enfant à se construire, dans la conscience du bien et du mal. Même ayant un handicap, l’enfant doit acquérir un certain nombre d’habitudes, parfois contraignantes, qui seront ensuite les conditions de son bonheur. S’il ne les respecte pas, il sera puni. Or les parents ont souvent peur de punir, d’autant plus si l’enfant est porteur d’un handicap. Ils craignent de ne pas être aimés par leur enfant ou ont le désir d’être inconditionnellement bons. Ils pensent que punir c’est faire du mal à l’enfant.

Comment punir en aimant ?

Presque tous les enfants, jusqu’à 7/8 ans, voire 10 ans, quand ils ont fait une bêtise, croient qu’ils sont mauvais. Ils font l’amalgame entre la bêtise et eux. Cela rejoint un sentiment inconscient de ne pas se croire dignes d’être aimé. Ils ont donc honte d’avouer leur bêtise. Aussi quand un enfant ment, il faut toujours se demander pourquoi. Il peut y avoir derrière cette attitude une grande souffrance. Lui redire, "Tu es une merveille, mais tu ne peux pas avoir toutes les qualités, donc c’est normal que parfois tu aies besoin de grandir sur certains points". Les parents doivent manifester beaucoup de tendresse, de délicatesse, dans les exigences qu’ils imposent. L’enfant doit sentir que l’on n’est pas un juge ou un gendarme. La manière de réprimander, le ton de la voix sont importants. Au besoin, l’enfant doit voir que l’on regrette son énervement.

Quand faut-il punir ?

Tout d’abord, il est bon de se demander si cette punition est "un moyen de faire grandir mon enfant, ou un moyen de me défouler car je n’en peux plus, ou encore si je l’utilise parce que je ne sais plus quoi faire d’autre". Je verrais plusieurs sortes de punitions :
-la punition dans le sens d’une peine à purger. Mon petit garçon a désobéi, je le prive de chocolat au goûter. Cette sorte d’automatisme aide l’enfant à réfléchir et peut lui enlever l’envie de recommencer.
-Je préfère la punition dans le sens de la sanction, qui sera la conséquence de ce qu’il n’a pas bien fait. Elle fait appel à son intelligence. Par exemple, à l’heure de la douche, l’enfant refuse d’aller se laver. S’il traîne, il prendra le dîner là où il en sera. A lui de savoir, s’il veut tout le repas ou non. Mais je le préviendrai. Je laisse l’enfant vivre les conséquences de ses choix. Cela le responsabilise et évite les affrontements.
-Il y a ensuite, la sanction-réparation. Elle fait appel au cœur de l’enfant. Je lui demanderai en contre partie de son manquement de ramasser les feuilles mortes dans le jardin, par exemple. De même pour son travail de classe : je lui demande de le faire à nouveau, mais mieux. Je l’appelle à un progrès. Il n’y a pas là de sentiment de vengeance de la part de l’adulte, mais une exigence, qui est de l’ordre de l’amour.

Comment trouver la bonne punition, adaptée à l’enfant ?

Chaque enfant étant différent, les parents doivent veiller à être attentifs à chacun. Certains enfants ne peuvent pas accomplir certaines taches. Il faudra en tenir compte, et l’expliquer avec douceur aux frères et sœurs qui pourraient légitimement trouver cette concession injuste. Or est juste ce qui s’adapte à chacun, au bon moment. Chaque enfant doit pouvoir donner le mieux qu’il peut. Il est certain que l’éducation demande beaucoup de patience de la part des parents, de persévérance, de confiance. Seuls, on ne peut pas s’en sortir. Il est important de s’entraider, de parler les uns avec les autres. Et savoir aussi faire appel à des relais, comme les grands-parents. De toutes les façons, nous ne voyons pas ce que nous semons. Nous le verrons dans le Royaume de Dieu. Le secret est d’éduquer avec amour.

Propos recueillis par Catherine Blaise, Ombres et Lumière n°161

Bernadette Lemoine a créé une association MCADS – Mieux connaître l’angoisse de séparation – pour venir en aide aux parents en leur faisant mieux découvrir l’apprentissage des petites séparations (sevrage, crèche…). Elle est également l’auteur du livre Maman ne me quitte pas, paru aux Editions Saint Paul et diffusé par Téqui.

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