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Florent Bénard, 30 ans, vient de sortir son premier album pour enfants. © C de La Goutte

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Pi Wou, un album pour éveiller à la différence

La maman de Pi Wou, un éléphanteau, est sourde. Elle ne peut pas chanter de chansons, et n’entend pas que l’on se moque d’elle… C’est la trame de Pi Wou, un album pour enfants, inspiré de l’histoire personnelle, de l’auteur, Florent Bénard, par ailleurs animateur en école maternelle. Interview.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’écriture pour enfants ?

C’était un désir que j’avais depuis longtemps. En travaillant en école maternelle, j’ai été étonné de voir combien les enfants pouvaient être captivés par les histoires qu’on leur racontait. Ils arrivent à entrer en empathie complète avec les personnages.

Dans ce premier album dont l’histoire s’appuie sur mon expérience personnelle, j’aborde le lien avec la mère, première relation que l’enfant a en entrant dans la vie. Jusqu’à il y a deux ans, je m’étais posé peu de questions sur la surdité de ma mère et notre relation… Ce livre est un point de départ pour y travailler. Dans cet album, j’ai voulu montré que lorsqu’il grandit avec un parent handicapé, l’enfant passe par nombre d’émotions, y compris des émotions plus sombres, plus dures et qu’il ne faut pas en avoir honte, mais les accepter et les traverser.

Vous évoquez la colère, la honte et le rejet...

 Je me souviens, en primaire, avoir eu une phase extrêmement forte de rejet de ma mère où j’avais beaucoup de mal avec sa surdité, sa façon de parler et le fait qu’elle ne comprenne pas tout ce que nous disions. Je sentais un écart avec les autres mamans autour de moi. Je ne comprenais pas pourquoi mon père avait choisi ma mère et je me souviens d’avoir eu des paroles très violentes. C’est terrible de penser cela. J’espère que ma mère n’en a pas été trop blessée. Puis ça c’est apaisé dans le temps. Et j’ai pu apprécier progressivement la personne qu’elle était : son courage, l’amour qu’elle nous portait, son attention aux autres, la force dont elle faisait preuve pour surmonter son handicap. Elle doit dépenser beaucoup d’énergie pour être au monde, pour communiquer en société. Je l’ai mesuré plus tard à l’adolescence. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à prendre davantage soin d’elle, à être plus attentif lorsqu’elle avait dû mal à suivre une conversation. La surdité est un handicap invisible, on peut vite l’oublier. Aujourd’hui, c’est la personne que j’admire le plus.

Revenons à votre album. Pourquoi avoir choisi une famille d’éléphants ?

J’ai grandi avec Babar, et Dumbo est un de mes films préférés. Je continue à penser que c’est un film merveilleux sur le handicap, la fragilité et la fraternité. Et les oreilles des éléphants sont une bonne façon de montrer visuellement la surdité.

D’autres projets en cours ?

Oui, une histoire est en préparation sur l’amitié entre deux frères pour la revue Les belles histoires. Je réfléchis également à écrire un livre-témoignage sur les 30 ans de vie partagée avec Samuel, mon frère autiste.

Recueilli par Caroline de la Goutte

Pi Wou et sa maman, Ed. Les Arènes, 14,90 euros. Pour les 3-6 ans.

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