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Pierre, mon frère schizophrène

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Pierre est grand, plutôt beau, la blague toujours au bord du sourire. Il est vigoureux, bavard, très fatigant. Il a mis trente-six heures à naître, il y a cinquante-cinq ans, à La Rochelle (Charente-Maritime). Il a mis douze ans à parler. Et, comme il dit, aujourd’hui il se rattrape ! Il est schizophrène, pensionnaire d'une clinique près de Toulouse. Depuis la rentrée 2003, il travaille chez Airbus quatre heures par semaine au contact des avions, sa passion. Il aime les filles et leur propose le mariage au bout de trente minutes. C'est un professionnel du sommeil, de la désobéissance et, plus généralement, de la résistance à toutes les formes d'autorité.

Une relation privilégiée m'unit à mon frère Pierre. Il tient une place importante dans ma vie et dans ma famille. Mon épouse et mes enfants l'aiment et le respectent. Ils n'envisagent pas qu'il puisse être différent. Pierre, pour moi, est un adulte qui a su m'attendre, moi qui suis un "ravisé", né sept ans après ma sœur. Quand je me suis retrouvé adolescent, seul dans une grande maison avec des parents âgés, il y avait Pierre, qui m'avait attendu. Il est devenu mon frère de cœur, mon frère de jeu. Il est resté un peu en enfance pour m'attendre. Ce qui m’entraîne le plus chez Pierre, c’est son amour. Il m’aime. Il me le dit à sa manière. Il me dit que je suis son frère préféré, "comme Michel, comme Jean", et puis il cite tous ses frères et sœurs ! Un amour très franc qui m’a entraîné. Vers quoi, en fait, ou vers qui ?

Déjà, il m'a entraîné vers lui, quelqu'un qui souffre, qui n'a pas les mêmes facilités. Il m'a entraîné à l'amour. Il m'a entraîné à la responsabilité. Père de quatre garçons, je m'aperçois que ce que Pierre m'apporte est assez semblable à ce que m'apportent aussi mes enfants : réfléchir à la meilleure manière de les faire grandir, réfléchir à ce que je veux être vis-à-vis d'eux. Aujourd'hui, je me sens responsable de mon frère Pierre parce que je l'ai choisi. L'avantage de la fraternité est que ce n'est pas une relation obligée. Nombreux sont les frères et sœurs sans handicap qui ne s'entendent pas. Pourquoi en serait-il autrement entre frères et sœurs handicapés ? Je ne suis pas obligé d'aimer ma sœur ou mon frère handicapé, ni de m'en occuper. Je trouve que ce rappel libère. A la réflexion, je ne me sens pas responsable de Pierre mais responsable des activités que nous faisons ensemble, des choses qu'il me demande et que j'accepte de réaliser pour lui (l'organisation d'un voyage, ses vacances…).

Pierre nous rappelle aux choses essentielles de la vie : la fraternité, la famille, la générosité, le merveilleux, le divin... Sur ces sujets-là, il est certainement responsable de moi. Nous avons évidemment beaucoup parlé avec mes parents de la vie de Pierre après leur départ. Nous n'en avons pas parlé entre frères et sœurs, ni avec Pierre lui-même. Le fait qu’il bénéficie d'une structure d'accueil durable semble écarter le besoin d'en parler aujourd'hui. Mélange de pudeur, de superstition et de lâcheté.

Paul de Rosen, Ombres et Lumière n° 166

Pour aller plus loin

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    Auteur du livre "Obscure Clarté" (1) dans lequel il raconte sa schizophrénie, aide-soignant, marié, Florent Ba

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