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"Les trois P du carême (prière, pénitence, partage) ce ne sont pas trois Poids de plus, mais trois Portes pour sortir du découragement" © Isabelle Delahaye

"Les trois P du carême (prière, pénitence, partage) ce ne sont pas trois Poids de plus, mais trois Portes pour sortir du découragement" © Isabelle Delahaye

Quand chaque jour est un carême

"Avec ce que j'endure – notre fils est handicapé et on vient de découvrir que mon mari commence un Alzheimer – ça vaut tous les carêmes du monde. Je ne vais pas m'en rajouter. D'ailleurs, je serais bien incapable de faire face aux exigences de la prière, de la pénitence et de partage." La réponse de Marie-Hélène Mathieu.

Non, il ne faut pas en rajouter ! Mais entendre ce que Jésus nous dit. Il ne vient pas nous ligoter avec des chaînes supplémentaires, ni charger nos épaules de nouveaux fardeaux. Il nous appelle : "Venez à moi, vous tous qui êtes las et qui ployez sous le fardeau, je vous donnerai le repos."

Le Carême, avec ces trois P (prière, pénitence, partage) ce ne sont pas trois Poids de plus, mais trois Portes par lesquelles nous sommes invités à passer pour sortir de notre découragement, de notre "glue" spirituelle. Il s'agit, pendant ces quarante jours, de suivre Jésus au désert où il a tourné le dos au tentateur pour redire un Oui total à son Père et nous permettre ainsi de redevenir ses enfants bien aimés au cours de la Vigile Pascale. L'accompagner durant la Semaine Sainte spécialement en sa Passion jusque dans sa Résurrection. Il n'a jamais autant aimé chacun de nous pour que nous ne soyons plus jamais tout seul et que, nous aussi, nous puissions aimer les autres jusqu'au bout.

Revenons à ces trois portes, ces chemins que nous proposent Jésus et son Eglise.

La prière ? Je me souviens de cette maman de cinq enfants, dont André, atteint d'une infirmité motrice cérébrale. Malgré son désir, il lui semblait irréalisable de trouver du temps pour Dieu. Pourtant, le jour où l'on a offert un caniche à André, la joie de l'enfant était si grande qu'elle a accepté le cadeau, malgré le temps que son entretien exigerait ! Une découverte : "Si j'ai pu trouver dix minutes pour le chien, ne pourrai-je pas trouver dix minutes pour Dieu ?"

Qu'est ce temps de prière pour elle ? Une rencontre personnelle avec Jésus qui nous attend. "Voici que je me tiens à la porte et que je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui pour prendre le repas, moi avec lui et lui avec moi." (Ap 3,20) Lui apporter toutes nos peines, nos misères, lui demander de guérir notre cœur. Lorsque, coûte que coûte, nous réservons cette halte avec Dieu, tout naturellement nous reprenons contact dans la journée. Un simple merci, un SOS, une demande de pardon, un cri de louange, un clin d'œil qui nous remet le cœur à l'endroit, un mot d'amour répété en pelant les pommes de terre ou en passant l'aspirateur.

La pénitence ? Des pénitences, vous le dites, votre quotidien en est rempli. Peut-être s’agit-il simplement, comme le dit la petite Thérèse, "de faire les gestes les plus simples, les plus ordinaires, avec un amour extraordinaire". Je pense à cette maman pour qui la cuisine est une corvée. Pendant le carême, elle a décidé de faire un dessert un jour sur deux. à la grande joie des enfants. Comme un certain nombre de familles, en même temps, elle a inauguré le "bol de riz" du vendredi soir en place du dîner. Un geste qui aide à éprouver pendant quelques heures ce que ressentent ceux qui ont faim, le montant des dîners étant remis à l’entraide paroissiale.

Le partage avec les pauvres ? Le "bol" du vendredi, si vous l'adoptez, en serait un petit signe et vous ne pouvez guère plus. Mais, bien plus précieux que l'argent, c'est votre personne et votre temps que vous partagez avec les pauvres que sont votre mari et votre fils. Quand vous faites manger votre enfant, quand vous lui donnez son bain, entendre Jésus vous dire : "C'est à moi que tu le fais." De même, quand pour la énième fois, vous cherchez le stylo égaré par votre mari ou quand vous essayez de répondre doucement à la question qu'il vous pose depuis le matin, Jésus vous le rappelle : "C'est moi que tu aides, c'est à moi que tu réponds."

Le Carême est une démarche à la fois personnelle et communautaire. Si Dieu vous appelle à revenir vers Lui dans le cœur à cœur du dialogue, il vous invite aussi à sortir de la solitude, renouer avec la paroisse, tisser ou retisser des liens avec un groupe de prière ou avec une communauté Foi et Lumière. Vous y rencontrerez des familles comme la vôtre qui se retrouvent dans l'amitié, la fête, la prière. Avec des personnes faibles, vous y vivrez sans doute la célébration du sacrement de réconciliation, le lavement des pieds…

Beau, bon, vrai Carême ! Après avoir suivi Jésus sur son chemin de douleur, qu'avec lui, au matin de Pâques, nous connaissions la joie de la Résurrection !

Marie-Hélène Mathieu

Ombres et Lumière n°168

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