Sur le même sujet

© DR pour Ombres et Lumière

© DR pour Ombres et Lumière

Rester épouse

Sophie Bondonnat est l’épouse de Cédric, devenu handicapé à la suite d’un traumatisme crânien. Elle a, ce que l’on appelle aujourd’hui, un statut d’aidant familial. Mais pas seulement.

Cédric, mon mari, a eu un accident de vélo en 1998, nous étions mariés depuis quelques mois. Les conséquences principales de cet accident sont un traumatisme crânien avec hémiplégie. Il se déplace en fauteuil roulant, a une voix chuchotée, des troubles de la mémoire et de l’humeur. Heureusement il a gardé un grand sens du service, de l’écoute, et beaucoup de patience et de philosophie dans l’épreuve (malgré des colères dues au traumatisme)... Et de l’humour !
Ma situation "d’aidante" a donc évolué au fur et à mesure que se (re)construisait notre couple. Au début, Cédric ne supportant que difficilement des aidants extérieurs, je faisais tout : toilette, habillage, aide pour les repas, déplacement chez les thérapeutes, etc. Au bout de quelques années à ce rythme, je me suis rendue compte que nous allions "étouffer", que mon attitude devenait plus celle d’une mère que celle d’une épouse.

Oser demander de l’aide

Petit à petit nous avons donc fait appel à des auxiliaires de vie pour la toilette, des ambulanciers pour les déplacements, des taxis pour fauteuil roulant pour amener Cédric au tennis de table. J’ai mis à contribution ses amis pour l’emmener en sortie sans moi, de temps en temps, entre copains... Cédric comprenait que c’était nécessaire pour que notre amour soit véritablement un amour conjugal. Je ne l’accompagnais plus systématiquement, nous respirions de nouveau. Nous n’avons d’ailleurs pu avoir notre premier enfant que six ans après l’accident, quelques semaines après avoir pris la décision avec Cédric que je ne m’occuperai plus du tout des soins liés à son intimité. Son corps reprenait alors sa part de mystère, cette distance nécessaire à la séduction se réinstallait entre nous, comme avant son accident.

De nouveaux besoins

Aujourd’hui, j’aurais besoin de sortir un peu plus de chez moi ! Je suis en congé parental depuis la naissance de notre petit quatrième et je me rends bien compte que je ne peux pas reprendre le travail tout de suite sinon l’harmonie familiale en pâtirait... Mais dès que je pourrai le faire je reprendrai mon travail d’architecte d’intérieur à temps partiel. J’ai toujours beaucoup plus de plaisir à retrouver mon mari lorsque nous avons vécu des choses différentes pendant la journée. En ce moment nous sommes tous les deux à la maison et c’est parfois un peu difficile. J’aurais besoin aussi d’une personne qui puisse prendre en main l’activité artistique de mon mari. Il dessine et écrit des poèmes quotidiennement, mais je ne peux malheureusement pas consacrer le temps nécessaire à leur sélection, leur édition, voire leur exposition. Du coup tout son travail reste dans l’ordinateur en attendant la "fée" qui mettra tout cela en forme. Nous avons 500 exemplaires de son dernier recueil de poésie dans la cave et pas le temps de trouver un diffuseur... – Je lance un appel ! Ce serait très bon pour Cédric, il fait parfois des choses de grande qualité mais tout cela sommeille par faute d’énergie et de disponibilité de ma part.

La vie de famille

Notre vie de famille connaît des hauts et des bas. Ma belle mère vient ponctuellement nous aider lorsque j’ai besoin d’elle pour nous accompagner en sortie familiale, elle est discrète, efficace et très proche des enfants, elle a su très vite trouver la bonne distance. Elle m’est d’un grand secours. Les enfants savent profiter des handicaps de leur papa pour faire des bêtises, il faut alors que je sois vigilante, que je veille à ne pas prendre sa place tout en l’aidant à se faire respecter. Ma nervosité est contagieuse, si je sais cultiver ma paix intérieure, toute l’ambiance familiale en est changée. Lorsqu’avec Cédric nous prenons le temps de petites "démonstrations affectives", de gestes de tendresse tout simples l’un envers l’autre, devant les enfants, comme par magie ils sont tout heureux et font plus attention à leur père. Nous nous rendons compte que l’équilibre familiale passe par un amour véritable et incarné, verbalisé, entre nous deux.

Puiser à la Source

Lorsque je suis épuisée ou très occupée, c’est très dur. Le seul moyen que j’ai trouvé, personnellement, pour mener cette bataille sans me détruire ou blesser mon entourage, c’est de puiser à la Source. Pour moi, c’est aller à la messe en semaine, me ménager des moments de prière, me confier à mon père spirituel. Sur un autre plan, ce qui me fait du bien c’est de voir mes amies ou ma famille proche, parler, me confier. Me plonger aussi dans les problématiques de mes amies, leur offrir mon aide quand je peux, me fait du bien car cela me sort de mes soucis, de mon cadre d’"épouse de mari handicapé". Il faut, je pense, pouvoir vivre de temps en temps hors du cadre "d’aidant", ne pas s’enfermer dans cette fonction, mais ce n’est pas toujours facile de se ménager des moments de liberté, de détente ; malgré tout il faudrait je pense toujours avoir cet objectif en tête, car mon équilibre rejaillit toujours sur celui de la personne que j’aide me semble-t-il.

Sophie Bondonnat, ombresetlumière.fr - 3 octobre 2011

 

Pour aller plus loin

A voir aussi