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Unité de soins palliatifs © AMELIE-BENOIST / BSIP

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Suicide assisté, pourquoi c’est non ! 2/3 : "La demande de suicide est un appel à l’aide"

Le 16 décembre 2013, un panel de 18 citoyens, tirés au sort, a rendu un avis sur la fin de vie. Contrairement à l’avis du CCNE rendu en juillet, il prône la légalisation du suicide assisté et la création d’une euthanasie d’exception pour "les cas particuliers" où la personne ne peut donner son consentement. En juin dernier, Ombres et Lumière avait sollicité l’avis de spécialistes sur ces questions.

Comme accompagnant bénévole en soins palliatifs, il arrive souvent qu’on me dise : je n’en peux plus. Certains ont les moyens de se suicider, d’autres pas. Il y a des situations limites, des détresses aiguës qui sont d’autant plus importantes que notre époque survalorise la performance. Les personnes se perçoivent aux antipodes des canons de la modernité et disent : si c’est pour coûter cher… si c’est pour prendre du temps à mes proches… La dépendance est perçue comme cause de déshumanisation : on parle de "légume".

Des demandes de mort cachent le plus souvent une plainte, une plainte que la société n’est pas prête à entendre. Il faut des proches, des bénévoles qui puissent accueillir cette parole sans la censurer. Car souvent, il y a deux réponses : soit on balaye la plainte, en minimisant la souffrance ; soit on se dit : oui, c’est vrai et je vais t’aider à en finir.

La réponse est souvent entre les deux : il s’agit d’écouter sans réagir, avec bienveillance. Quand on fait cela, j’observe que la demande mute ; elle change de nature. Cela devient un dialogue. Entendue, la personne renoue un lien, elle a une valeur aux yeux de quelqu’un, il y a une réappropriation d'elle-même.

La demande de suicide est un appel à l’aide, est un appel à l’autre. Elle cache toujours une souffrance spirituelle, une rupture du lien. On ne trouve plus de raison de vivre. En détresse morale, la personne est coupée d’elle-même, sans le secours vivifiant de la relation. C’est une perte de sens : à quoi bon vivre si personne ne me comprend ?

On porte trop souvent sur les personnes malades ou handicapées un regard qui les exclut ou les enferme dans cette caractéristique. En cela la société génère de la demande de suicide. Notre regard est responsable de ces demandes. Soit on fait une loi… de façon à taire la souffrance des personnes. Soit on tâche de changer de regard. Est-ce que nous sommes capables d’accueillir la personne en fin de vie, en se situant au plus près de notre humanité, et non pas seulement au plus près de notre technicité ?

Montrons à la personne qu’elle a sa place dans notre cœur, dans notre monde. Qu’elle est capable de nous donner quelque chose. Alors peut naître, au-delà de la différence de conditions, une véritable fraternité.

Tanguy Châtel, accompagnateur en soins palliatifs, sociologue des religions, auteur de Vivants jusqu’à la mort. Accompagner la souffrance spirituelle en fin de vie (Albin Michel, 2013)

Ombres et Lumière n°193

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