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© Luc Tesson

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Tuteur auprès de personnes malades psychiques

Pierre Simonnot est salarié de l’Association tutélaire des Yvelines (ATY), affiliée à l’Unapei. Il est mandataire judiciaire délégué à la protection de cinquante personnes majeures.

80% des personnes que j’accompagne sont atteintes de maladie psychique. Ce qui est beaucoup plus difficile que d’accompagner une personne avec un handicap mental, car ces personnes ont une intelligence très vive et ressentent encore plus douloureusement la mesure de protection judiciaire.
La plupart sont sous curatelle renforcée. Le plus difficile au début est de créer une relation de confiance avec la personne. Il faut être patient pour les aider à accepter cette mesure de protection. Beaucoup finissent par reconnaître qu’ils sont soulagés de la partie administrative ; ce qui simplifie leur vie. On essaie d’établir avec eux un budget, mais ce n’est pas simple, car certains sont dépendants de l’alcool, voire du shit. Le plus difficile, c’est de gérer la violence d’une personne malade psychique quand elle refuse de prendre son traitement. J’aimerais pour cela qu’il y ait plus de coordination entre les différents acteurs (psychiatre, juge, préfet...).

Concrètement, quand une mesure de protection est confiée à l’ATY, au cours d’un premier entretien, j’essaie de la faire parler de son histoire, son projet. Parfois la personne est accompagnée d’une assistante sociale, d’un membre de sa famille, ou d’une infirmière si elle est hospitalisée. Dans un deuxième temps, je me déplace au domicile de la personne : une étape importante qui me donne beaucoup d’éléments sur son vécu.
Je tiens une permanence téléphonique deux demi-journées par semaine. Certaines personnes vont m’appeler systématiquement ces jours-là parce qu’elles sont très seules. Je dois leur demander de le faire moins souvent, car pendant ce temps, je ne suis pas disponible pour les autres. Il faut éviter deux écueils dans ces accompagnements : prendre un maximum de distance et se réfugier derrière un écran d’ordinateur, ou s’investir trop – certaines personnes ont des attentes fortes comme face à leur père, mère, frère, l’assistante sociale, le prêtre…
Au fil des années, une relation de confiance s’établit et une fidélité naît.
J’espère aider la personne à croire que, même sous curatelle, elle peut aimer sa vie et réaliser beaucoup de choses.

Pierre Simonnot, Ombres et Lumière n°178

*Unapei : Union nationale des associations de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis.

 

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