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© silvia Jamnson / Istockphoto

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Un risque accru d’association de maladie

Le vieillissement des personnes handicapées recouvre des situations très variables qu’il est difficile de systématiser, prévient le Pr Gilles Berrut, gériatre, chef de service au CHU de Nantes. Il préconise le dépistage de maladies associées.

Les progrès médicaux, en particulier la qualité de la prise en soins des affections chroniques, expliquent un allongement de l’espérance de vie des personnes en situation de handicap, mais il faut également noter l’amélioration des conditions de vie et du service rendu par les aidants professionnels. Malgré tout l’espérance de vie des personnes handicapées, quelque soit la cause de handicap, reste bien en deçà de l’espérance de vie de la population générale et dépendra de facteurs associés au handicap.
Une étude a ainsi montré dans le cadre des handicaps d’origine intellectuelle une relation entre l’espérance de vie et le niveau de déficience : respectivement de 74, de 67,6 et de 58,6 années pour les niveaux de déficience intellectuelle légère, modérée et sévère.
Pour les handicaps d’origine neurologique, une des principales causes de mortalité prématurée est l’épilepsie. Ainsi dans le cas de la Trisomie 21 la mortalité est multipliée par 2 à 5 en cas d’épilepsie . Pathologies associées Le vieillissement représente un risque accru d’association de maladie. Certaines d’entre elles sont en rapport avec la cause du handicap (par exemple, les malformations cardiaques et les leucémies chez les personnes ayant une Trisomie 21), pour d’autres, il s’agit d’affection dont l’apparition peut être plus fréquente avec l’âge et les conditions de vie.
Dans ce dernier cadre il faut souligner l’importance des difficultés d’accès à une nutrition équilibrée responsable d’obésité, d’hypertension artérielle, de diabète ou d’arthrose des membres inférieurs, par exemple.
Lors des malformations métaboliques ou dégénératives cérébrales, la survenue d’une altération progressive des fonctions cognitives peut aboutir à une situation de démence dont les caractéristiques cliniques et l’évolution sont distinctes de celles de la maladie d’Alzheimer et des syndromes apparentés du sujet âgé.
Parmi les affections qui surviennent plus souvent avec l’âge, les cancers nécessitent une surveillance particulière. Des études ont montré que, lors de dépistages, la taille des cancers découverts chez une personne handicapée sont plus volumineux que ceux découverts chez une personne sans handicap, ce qui est un argument indirect de diagnostic plus tardif lors d’un handicap.
Les causes peuvent être simplement pratiques comme l’impossibilité de réaliser une mammographie chez une personne assise . Les troubles sensoriels auditif et visuel représentent une cause majeure de perte d’autonomie et doivent être l’objectif d’un dépistage systématique. Vieillissement et handicap concernent également les proches, en particulier les parents de la personne handicapée, qui parfois vivent toujours avec leur enfant.
Si la personne a 60 ans, ses parents ont 85 ans. Leur perte progressive d’autonomie retentit peu à peu sur la capacité d’autonomie de la personne handicapée vieillissante. Une démarche d’évaluation gérontologique intéressant à la fois parents et enfant devrait être développée dans l’avenir.

Pr Gilles Berrut, ol.ombresetlumiere.fr - décembre 2011

(1) Azéma B, Martinez N. Les personnes handicapées vieillissantes : espérances de vie et de santé ; qualité de vie. Une revue de la littérature. RFAS 2005 ; 2 : 297 : 333 Shackleton DP, Westendorp RG, Kasteleijn-Nolst DG, De Craen AJ, Vandenbroucke JP. « Survival of patients with epilepsy : an estimate of the mortality risk », Epilepsia, 2002 ; 43 : 445-450.

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