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Une amie pour les parents découragés

Sainte Thérèse de Lisieux, fêtée le 1er octobre, peut-elle aider les parents désemparés face à l'éducation d'un enfant en grandes difficultés ? Une chronique de Marie-Hélène Mathieu.

"Y aurait-il un saint, une sainte très proche de nos problèmes au ras des pâquerettes, mais quelqu'un qui, en même temps, nous tirerait sans cesse vers le haut", me demande une maman. Il m'a semblé que Thérèse de Lisieux pourrait remplir cette mission. Certes, Thérèse n'a pas connu l'épreuve d'avoir un enfant en difficulté, mais elle a traversé tout au long de sa vie de très grandes souffrances. A quatre ans, la mort de sa maman, puis le départ au couvent de sa sœur Pauline, sa seconde mère. Thérèse va connaître des angoisses extrêmes, jusqu'à la maladie très grave. A seize ans, alors qu'elle est novice au Carmel, son père très aimé est atteint de troubles psychiques. Il est interné dans un "asile de fous". Douleur pour elle, pour lui, pour toute la famille. Humiliation des réactions maladroites de commisération et de pitié.

Oui, Thérèse est capable de nous comprendre dans nos désarrois et nos blessures de parents. Mais elle est aussi capable de nous éclairer et de nous soutenir dans notre tâche d'éducateur. A vingt ans, la voilà chargée d'âmes, nommée adjointe à la maîtresse des novices.

Thérèse va se montrer une éducatrice exceptionnelle pour aider ses sœurs à atteindre leur pleine maturité humaine et les conduire vers les sources d'eau vive. Même si le contexte de sa mission est très étranger au nôtre, j'ai relevé trois orientations, nées de l'expérience de Thérèse et imprégnées de l'Evangile. Elles me semblent toujours valables aujourd'hui.

Une grande liberté

Les novices de Thérèse se sentent écoutées, comprises et aimées. Elles peuvent ouvrir leur cœur, se montrer telles qu'elles sont avec leurs travers, leurs tentations. Thérèse a eu les mêmes, elle leur en parle librement. Elle accepte leurs critiques, justifiées ou non, d'un cœur tranquille, et ne s'émeut pas de ses imperfections. Sûre que, si Jésus l'aime tant, c'est parce qu'elle est "petite et faible". Une lumière pour les parents qui se sentent si souvent dépassés par leurs tâches ou déstabilisés par une remarque désobligeante.

Aider chacun à progresser

Il est une part de la tâche de Thérèse qui lui pèse tout particulièrement, "c'est de constater les fautes et les défauts des novices" et de les aider à s'en délivrer. Thérèse sait être exigeante, sans tenter de trouver un juste milieu entre la douceur et la sévérité. Elle est à la fois douce et ferme. Une jeune novice a tendance à pleurer très facilement. Thérèse la comprend de l'intérieur : elle a connu ce temps des larmes presque incoercibles. Cette novice raconte elle-même qu'un jour où elle est très larmoyante, Thérèse, avec un bon sourire, lui tend un petit coquillage et lui dit : "Désormais, je vous permets de pleurer tant que vous voulez, pourvu que ce soit dans une coquile". Le rire succède aux larmes… Un exemple, non à imiter, mais pour nous inciter à dédramatiser tout en gardant le cap. Thérèse n'exclut pas le reproche mais à deux conditions, que "cela coûte de le faire et qu'il n'y ait pas une ombre de passion dans le cœur".

Le secret de Thérèse

C'est bien beau de voir Thérèse être présente à chacune, ne jamais s'impatienter, ne jamais se décourager, user d'humour mais toujours avec une totale gentillesse, créer un climat de joie, de paix, de dialogue confiant… c'est ce que nous voudrions tous faire. Mais, justement, nous nous en sentons radicalement incapables. Thérèse nous livre son secret. "Je jugeai du premier coup d'œil que la tâche dépassait mes forces. En comprenant ainsi qu'il était impossible de ne rien faire par moi-même, la tâche me parut simplifiée. Je m'occupais intérieurement et uniquement à m'unir de plus en plus à Dieu sachant que le reste me serait donné par surcroît. En effet, jamais mon espérance n'a été trompée. Ma main s'est trouvée pleine autant de fois qu'il a été nécessaire pour nourrir l'âme de mes sœurs."

Dans notre mission de parents, aujourd'hui même, Thérèse peut nous aider. Elle l'a dit : "Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre." Avec elle, essayer de vivre dans "cette disposition du cœur qui nous rend humbles et petits entre les bras du Père, conscients de notre faiblesse et confiants jusqu'à l'audace en sa bonté de Père".

Marie-Hélène Mathieu

Ombres et Lumière n°148

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