Sur le même sujet

  • Adjugé, vendu !

    Une vente aux enchères solidaire ! C'est ce qu'ont expérimenté Cédric et Sophie Bondonnat.

  • Ouvrir les portes de l’amitié à son enfant

    Alors qu'elle était pédiatre au Centre d’action médico-social précoce (CAMSP) de Versailles, le docteur Marie-Annick Maspoli livra

  • Une amitié salvatrice

    Véritable remède contre la morosité, le film "Intouchables" est aussi une histoire d’amitié qui triomphe du malheur.

© DR pour Ombres et Lumière

© DR pour Ombres et Lumière

Une année au Vietnam, auprès d’enfants handicapés

Priscille est partie en 2008 au Vietnam avec les Missions étrangères de Paris (MEP), où elle s’est notamment occupée de jeunes enfants handicapés de 2 à 9 ans. Expérience.

J’ai longtemps culpabilisé d’avoir beaucoup reçu, d’être née dans une famille nombreuse où j’ai reçu de l’amour et la foi. En un mot, dans une bulle dorée. Et puis j’ai été touchée par le passage de l’Evangile : "A ceux qui ont beaucoup reçu, il sera demandé beaucoup." Je me suis donc dit : "Maintenant, essaie de donner comme tu peux."

J’ai fini mes études dans le social à 21 ans. Une fois mon diplôme en poche, avant de me lancer dans la vie active, j’ai ressenti le besoin de prendre du recul. Je n’ai pas choisi le Vietnam, ni les personnes handicapées. J’avais dit aux MEP que j’étais disponible pour n’importe quelle destination en évoquant le souhait d’être au contact d’enfants. Or les MEP recherchaient davantage des professeurs de français... J’ai eu une bonne étoile ! Juste avant de partir, on m’a prévenue d’un changement dans ma mission : moitié du temps, cours de français pour des religieuses vietnamiennes, et moitié du temps, orphelinat.

Le temps de l’apprivoisement

Quand je suis arrivée, les anciennes volontaires étaient parties depuis quelques semaines. Une sœur qui parlait un français approximatif m’a fait visiter les lieux. Nous avons achevé la visite par la pièce où je devais m’occuper des enfants. J’ai eu les larmes aux yeux : une salle avec des lits en fer, peu décorée, des enfants tout tordus qui pleuraient, qui criaient… Je me suis sentie très seule. J’ai fait comme j’ai pu : j’ai pris du temps avec chacun des enfants, assez rapidement, je ne voyais plus leur handicap. C’est une expérience très particulière.

Et lorsque de nouveaux volontaires sont arrivés et qu’ils ont été choqués, qu’ils pleuraient devant moi, je ne comprenais pas leur émotion, qu’ils puissent être attristés par le sort de ces enfants. J’avais changé de regard ! Ma première réaction m’a paru très lointaine. Avec les petits, j’ai noué des relations fortes, en dépit de leur handicap mental ou physique. Sur une trentaine, seul Phat marchait avec un déambulateur et parlait un peu. Il y avait aussi Bao Minh qu’on tentait de faire avancer grâce à des attelles. Et puis Phi Nam qui ne parlait pas du tout mais dont on sentait la grande intelligence. Il "captait" plein de choses mais il était tout tordu et ne pouvait rien exprimer. Nous sommes donc convenu d’un code pour nous comprendre. Je lui posais la question en français et avec sa main il me répondait oui avec le pouce levé et non, avec le pouce baissé.

Je me souviens aussi de Lai qui avait été abandonné à 4 ans. Il était aveugle, avec d’importants troubles psychologiques. Tout maigre, il refusait de se nourrir. Je me suis particulièrement occupée de lui et j’ai trouvé une méthode dont je suis très fière… Chaque fois que je venais le voir ou que je le quittais, je chantais une chanson. J’ai passé des mois à lui chanter "Au clair de la lune" ! Et un matin, lorsque je suis entrée dans la salle, il a reconnu ma voix et s’est mis à chantonner "Au clair de la lune"… Cette chanson est devenue le signe de son bien-être !

Je me suis aussi rendu compte qu’il fallait conserver une certaine distance pour ne pas trop s’attacher aux enfants car nous n’étions là que pour un an. Une durée courte, finalement, mais qui permet de les voir grandir et évoluer selon leurs capacités. Apprendre à manger par exemple : Hien et Bao Minh, au début, c’était Hiroshima à l’heure du déjeuner !

Une école de patience

Avec le recul, je crois que cette année m’a notamment appris la patience... même si je dois y travailler encore chaque jour ! Tous les matins, j’accomplissais les mêmes tâches : je déroulais le tapis, sortais les enfants de leurs lits, en mettais quelques-uns sur des sièges, j’ouvrais la caisse à jouets, je leur donnais aussi la bouillie à manger… J’étais là, plantée devant l’un d’eux, cuillère après cuillère, pendant une heure. Parfois, j’étais tentée de passer le relais à une nurse. Mais je me disais que j’étais là pour eux, et que si, moi volontaire, je ne prenais pas ce temps, personne ne le ferait.

Malgré cette routine, c’était hyper joyeux. Il y avait cette joie du quotidien, qui se voit sur les photos que j’ai gardées d’eux. Les enfants renvoient énormément de bonheur.

Priscille

Ombres et Lumière n°179

 

Une Idée d’engagement

Exotisme garanti ! Chaque année, les Missions Etrangères de Paris envoient 150 jeunes en Asie et dans l'océan Indien pour une période de volontariat de deux mois à deux ans au service des Eglises locales. Contact : www.mepasie.org

Pour aller plus loin

  • Adjugé, vendu !

    Une vente aux enchères solidaire ! C'est ce qu'ont expérimenté Cédric et Sophie Bondonnat.

  • Perrine Abelé, en trinôme autour du monde

    En juillet 2014, cette ergothérapeute, passionnée de voyages, a entamé un tour du globe en huit étapes.

  • Une amitié salvatrice

    Véritable remède contre la morosité, le film "Intouchables" est aussi une histoire d’amitié qui triomphe du ma

A voir aussi