Sur le même sujet

  • Place au théâtre

    L’association Domino emmène tous les étés une vingtaine de personnes handicapées mentales pour leur faire mener la vie de comédien.

  • Les Super Héros

    Ce soir, avant la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Rio, France 4 diffuse un documentaire présentant cinq athlètes frança

  • Présidentielle : ce que les candidats proposent sur le handicap

    Si le handicap est loin d’être au cœur de la campagne présidentielle, la plupart des candidats incluent des propositions dans leur prog

© DR pour Ombres et Lumière

© DR pour Ombres et Lumière

Une battante entre les mains de Dieu

Annie Alary, une normande en fauteuil roulant, est une battante. Son engagement pour l’intégration plénière des personnes handicapées dans la vie sociale et professionnelle est pour le moins convaincant.

Cette rencontre pourrait commencer comme une comptine d’enfant :"Il était une fois au bord de la mer,Une forte femme et de surcroît mère,En fauteuil roulant et adjointe au maire, De son grand village Le Val Saint… Père !"

Pourtant, Annie, quarante-neuf ans, n’a rien d’enfantin, Dieu sait ! Orpheline très jeune, élevée par une belle-mère psychologiquement fragile, Annie a toujours voulu être infirmière. Et ce ne sont pas les premiers symptômes de sa maladie apparus à dix-sept ans qui l’ont empêchée de parvenir à ses fins… ni de se marier cinq ans plus tard, ni de mettre au monde trois superbes garçons, ni de travailler, ni de s’engager.

Myopathe, Annie se bat pour être en plein dans la vie. Quand leur fils aîné Julien s’est trouvé atteint de la même maladie, après avoir pleuré ensemble un bon moment, Annie lui a affirmé : "La vie est un combat, c’est vrai. Nous allons nous redresser ensemble, tu verras, quels que soient l’incompréhension, le regard, les difficultés du handicap." De fait, son fils est maintenant consultant à Paris.

Annie continue : "Ce défi de l’intégration, je le relève pour nous, mais aussi pour les autres : notre vie vaut autant que celle de quiconque et nous pouvons apporter beaucoup autour de nous." D’où son engagement dans la cité, comme adjointe au maire ; à ce titre, elle vient d’obtenir que tous les nouveaux logements de la commune soient accessibles, comme elle a déjà fait pour l’église, la mairie et l’école. Dans l’établissement hospitalier où elle est cadre de santé depuis qu’elle ne peut plus exercer son métier d’infirmière, elle obtient un plus grand respect des personnes accueillies en gériatrie. Jamais, Annie ne renonce à rien du fait de son handicap, quitte à ce qu’un jour son directeur la porte trois étages pour qu’elle participe à une réunion !

Cet engagement pour l’accueil des personnes handicapées et leur intégration va plus loin. Depuis quelques temps, Annie collabore avec l’Alliance pour les Droits de la Vie (ADV). "En effet, affirme-t-elle, il faut être logique jusqu’au bout : si l’on affirme haut et fort que les personnes en situation de handicap ont toute leur place dans la société, pourquoi leur refuse-t-on la vie dans le sein de leur mère ? Je le dis ouvertement autour de moi : j’aurais pu ne pas exister. L’une des organisatrices du Téléthon à qui je faisais cette remarque, en a été fort dérangée. C’est pourtant vrai !" Et Annie de s’élever contre la violence qui est ainsi faite  aux enfants ou adultes myopathes à qui l’on annonce comme une victoire un enfant "sain", sélectionné par tri embryonnaire.

Quel sens à sa vie ?

Paradoxalement, (heureusement, se surprend-on à penser), Annie fait preuve d’une franche fragilité en même temps qu’elle dégage tant de force. "Nous ne sommes que de passage sur cette terre, il ne faut pas prendre les choses trop absolument" et un peu plus loin, "bien souvent je suis en proie à la fatigue, à la peur, à l’angoisse : blessée par l’indifférence de mes proches sans qu’ils s’en rendent compte, confrontée à la solitude, aux renoncements répétés (souvent, je rêve que je marche et que je voyage !), angoissée par l’avenir et ma vieillesse…" Emerveillée, Annie l’est aussi, par l’amour et le soutien sans faille de son mari, par le choix que ses deux cadets ont fait dans leur vie professionnelle de se mettre au service des autres (assistant social et aide-soignant).

A l’écouter, et à voir les images et statues de Marie dans toutes les pièces de son intérieur, il est clair que ce qui anime Annie en profondeur et l’unifie dans ses forces et ses faiblesses, c’est la foi. Ranimée grâce au Renouveau charismatique, celle-ci est devenue sa véritable espérance de vie. "C’est grâce à elle que je vis chaque jour. Car, parfois, je pourrais être tentée d’en finir…" Elle aime témoigner par sa vie tout simplement : "A mon contact, les personnes me posent immanquablement la question du sens de la vie ; je suis heureuse de pouvoir alors leur parler de la présence de Dieu dans nos vies, sur laquelle on peut s’appuyer  inconditionnellement." Nourrie par la prière quotidienne, par une retraite annuelle, par un groupe de prière des mères, Annie aime "respirer" en compagnie de ses parents décédés, de Marthe Robin, de Thérèse de Lisieux. A leur suite, elle sait qu’en s’unissant à Jésus, ses souffrances servent au salut des hommes. Son vrai combat, avoue-t-elle pour finir, c’est l’abandon entre les mains de Dieu.

Marie-Vincente Puiseux, Ombres et Lumière n° 171

Pour aller plus loin

A voir aussi