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© C de la Goutte / Ombres et Lumière

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Une classe appelée à rayonner

La "classe soleil" est un dispositif qui permet de scolariser des enfants de maternelle autistes à l’Institution Saint-Dominique de Neuilly (Hauts-de-Seine). Cette expérience pilote, menée en lien avec un hôpital,suscite d’autres projets en France.

"C’est l’inverse d’une classe ordinaire de maternelle où tout doit être accessible aux enfants", plaisante Dominique Bravais, en prenant une caisse en plastique pleine de dinosaures, perchée en haut d’une étagère. Assis en face d’elle, un petit garçon, Aymen, frotte ses grands yeux bruns, regarde ailleurs, suce de temps en temps son pouce. "Que veux-tu, Aymen ?", lui demande Dominique. Aussitôt, l’enfant tourne à toute vitesse les feuilles rigides d’un classeur, empli d’images collées à l’aide de scratch. Sur une bande, il accroche trois images : "Je / veux / un dinosaure." Dominique répète la phrase à voix haute, puis s’exclame enthousiaste : "Bravo Aymen ! Je te donne un dinosaure."
Plusieurs fois ainsi, la scène se répète pour aborder ensuite un peu la parole, puis les couleurs. Et au calme qui règne ce matin-là dans la "classe soleil", un dispositif mis en place pour six enfants autistes entre quatre et cinq ans à l’Institution Saint-Dominique à Neuilly (Hauts-de-Seine), on pourrait penser que tout est simple et facile. "Pourtant, au début, c’était sportif, reconnaît Dominique Bravais, l’institutrice spécialisée de cette classe depuis un an. Les enfants couraient partout, parfois hurlaient. C’était très difficile de faire en sorte qu’ils s’assoient chacun devant une table." Mais du cœur à l’ouvrage, toute l’équipe en avait. "On se sentait un peu pionniers et on se portait les uns les autres", se souvient Dominique.

Un sas avant la maternelle ordinaire

De la direction à l’institutrice, aux deux assistantes maternelles, à l’Auxiliaire de vie scolaire (AVS) collective et aux étudiants de Psychoprat’, l’école de psychologues de l’Institut catholique de Paris, venus en renfort, tous ont accepté de mener cette expérience innovante.
Son originalité ? Pour la première fois en France, un dispositif pour des petits atteints d’un autisme moyen est le fruit d’un partenariat entre un établissement sous contrat avec l’Etat, l’Education nationale et un hôpital : Robert Debré, à Paris. L’idée est de mettre en place une sorte de sas qui conduise en maternelle ordinaire le plus tôt possible. Pour cela, on utilise la méthode Pecs, un système de communication par échange d’images imprimées sur des cartons, recommandé au tout début avec les enfants autistes pour diminuer les comportements inappropriés et mettre en place un début de communication. "On ne guérit pas de l’autisme, rappelle Georges Anglès, le directeur du primaire. Mais on peut l’améliorer. Notre but est de permettre à ces jeunes d’entrer en relation, d’avoir accès à la lecture, l’écriture, le raisonnement mathématique…" Une évaluation d’une semaine, effectuée en fin d’année dans le service de psychopathologie du docteur Nadia Chabane, est l’occasion de noter les progrès de l’enfant et d’ajuster le programme pour l’année suivante. Trois fois par an, un bilan a également lieu entre l’équipe et les soignants.
Car c’est bien du sur mesure que propose Dominique Bravais. Chaque jour, elle met en place un travail individualisé rendu possible grâce à l’organisation en binôme : un adulte pour un enfant. "Quand on part de l’enfant, on le fait progresser, souligne l’institutrice par ailleurs émerveillée. Ils ont des compétences fascinantes en lecture, mémorisation des prénoms. En reconnaissance globale des mots, ils sont très calés."
Scolarisés de 9h à 16h30, les enfants vivent également des temps avec les autres enfants de maternelle : le déjeuner à la cantine, la récréation, mais aussi certaines activités comme l’éveil corporel.

Premier bilan

"Au bout d’un an, nous sommes heureux de continuer. Mais nous ressentons le besoin d’accompagner davantage les parents, ajoute le directeur. Nous voyons des parents épuisés ou qui sont encore dans le déni du handicap." Besoin de temps pour l’équipe aussi, pour se poser et prendre du recul. A cette rentrée, l’un des enfants va rejoindre une classe maternelle ordinaire, au moins à temps partiel. Ce qui nécessite de former également les autres professeurs de l’école à l’accueil d’un enfant autiste. L’établissement devient en quelque sorte lieu de formation initiale.
Rien d’étonnant dans cet établissement qui dispose déjà d’une classe d’aide à l’intégration scolaire (AIS) et d’une unité pédagogique d’intégration (UPI). "Notre souhait serait qu’un enfant handicapé puisse réaliser tout son parcours scolaire à St-Do", précise Georges Anglès, tout en étant conscient des limites de l’intégration.
Dans la cour de récréation, alors que les enfants jouent en petit groupes, sautent à la corde, s’agitent dans tous les sens… Eyram, petit béninois de la "classe soleil", court jusqu’au milieu de la cour, s’arrête tout net comme un moineau sur un caillou, repart…

Florence Chatel, Ombres et Lumière n°177

"classe soleil", Institution Saint-Dominique - BP 83 - 92203 Neuilly sur Seine cedex, tél. 01 40 88 92 20

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