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© Yves d'Hérouville

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Une lettre de vœux que je n’arrive pas à écrire

La période de Noël et du nouvel an est toujours un moment privilégié pour adresser des vœux et renouer contact avec certaines personnes dont nous nous sommes involontairement éloignés. Mais comment le faire avec des amis ou connaissances dans la détresse ? Quels souhaits de bonheur oser formuler à qui est dans le malheur ?

 

D’ailleurs, quelle que soit la période de l’année, il est bien difficile d’écrire à celui ou celle qui est frappé par l’épreuve, le deuil, l’attente ou la naissance d’un enfant handicapé, l’accident, la maladie… On a peur d’être maladroit, de blesser, par des mots faux ou plaqués, surtout si l’on n’a pas connu la même situation.

Mais plus encore au moment des fêtes. Dans toute la joie ambiante, la douleur se fait plus vive. Restée seule après la mort de son mari, avec Loïc et Thadé, leurs deux enfants profondément handicapés, Camille écrit : "Je me sens comme une petite fille pauvre, les mains vides et le cœur froid… Les douces veillées familiales dans l’attente de la messe de minuit, connais pas. La joie des enfants découvrant les souliers pleins devant la cheminée, connais pas. Noël est devenu le temps de l’insupportable solitude."

Quels mots trouver pour Camille en sa désolation ? La tentation est grande, qui reste secrète, de renoncer à notre stylo. Nous sommes tels le prêtre et le lévite devant le voyageur en sang au bord du chemin. Nous n’avons rien pour le soigner, pas le temps, pas le cœur. Alors résignés, culpabilisés ou blindés, nous poursuivons notre route. Sur le chemin de sa croix, Jésus rencontre Véronique. Elle, ne délibère pas ; son cœur lui dicte d’ôter son voile pour essuyer le visage méconnaissable.

Je voudrais écrire, mais comment dire ? Inutile est "le manuel de l’art de rédiger des lettres". De code, il n’en existe pas en de telles circonstances. Une lettre, c’est un lien entre deux personnes uniques. Ecrivons-nous à un intime, à un proche, à une relation ? Quelle est sa vie familiale, professionnelle, sociale ? Quelle est sa souffrance ? Quelle est sa soif ? Quelle est sa foi ? Certains attendent le réconfort d’un message, d’autres le refusent tant est grande leur douleur.

Comment tremper la plume dans son cœur pour que notre lettre apporte la petite lumière d’une vraie rencontre ?

A la mort de mon père, Virginie, jeune femme handicapée, m’écrivait : "Bonne année. Je veux te consoler que ton Papa est mort. Faut pas pleurer, il est au Ciel. Je t’aime beaucoup. Quand tu pourras pas faire quelque chose, je t’aiderai. Je vais te faire un très beau dessin – que je pense qu’il va te faire bien plaisir." Comme Virginie, ne pas s’embarrasser de formules stylées. Etre vrai. Chercher ce qui pourrait réconforter. Assurer de son amitié. Si cela nous est possible, proposer un soutien, un coup de main, une garde d’enfants… Joindre un petit cadeau, une bougie, un livre. Choisir une carte dont l’iconographie et le texte exprimeront, à notre place, ce que nous ne savons pas trop comment dire. Nous avons la chance que Noël précède le nouvel an, comme pour éclairer toute la nouvelle année de sa lumière. Ne pas céder à la tendance de tout banaliser en évoquant en bloc "les fêtes de fin d’année".

Plus concrètement, que peut-on souhaiter à celui ou celle qui souffre dans sa chair ou son esprit ou dans celui de l’un de ses proches ? Trouver chaque matin, comme une respiration nouvelle : une petite joie, une visite, un téléphone, le sourire de notre enfant, un service à rendre, une fleur, un merci, une rencontre, la messe peut-être…

A vous, amis d’Ombres et Lumière, à vous que je connais et à vous, tellement plus nombreux, que je ne connais pas, que souhaiterais-je ? Bonne année… "Dieu seul est bon" (Mc 8,12). C’est donc avec Lui et pour Lui qu’elle sera bonne. Entrons dans l’année, comme Moïse dans la mer. L’autre rive semble un désert, mais le désert est le lieu de la Rencontre avec Lui. Dans une confiance renouvelée, puisqu’Il est tous les jours avec nous depuis le premier Noël du monde. J’espère du fond du cœur, faire un petit bout de chemin avec vous cette année encore, et espère surtout, sur votre route, la présence d’amis, anciens ou nouveaux, qui partageront un peu du fardeau avec vous. Finalement je reprendrai pour vous et pour tous vos proches la bénédiction de saint François d’Assise qu’il a tirée du livre des Nombres (6, 24-25). "Que le Seigneur vous bénisse et vous garde. Qu’il fasse pour vous rayonner son visage, qu’il vous prenne en grâce et vous donne sa paix."

Marie-Hélène Mathieu

Ombres et Lumière n°166

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