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© F Chatel / Ombres et Lumière

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Une pause salutaire

Dans les Côtes-d’Armor, le Village Saint-Joseph accueille dans une vie fraternelle des personnes dépendantes de l’alcool et de la drogue ou handicapées. Une halte, le temps de se reconstruire.

Ses yeux sont fatigués mais le timbre de sa voix est alerte et haut perché. A quatre-vingts ans, Jacques, malvoyant, n’a pas perdu le sens de l’humour. Et depuis cinq mois qu’il vit au Village Saint-Joseph à Plouvenez-Quintin (Côtes-d’Armor), cet ancien sympathisant communiste retrouve la foi. "Il est arrivé un soir entre deux gendarmes, raconte Nathanaël Gay, responsable du Village avec sa femme Katia. Sinon, il aurait dormi sous un porche d’église." Ce soir-là, comme chaque lundi, une louange était au programme. "Je me suis assis dans un fauteuil, poursuit Jacques, et j’ai écouté. Cela faisait soixante ans que je vivais sans Dieu. Retrouver le chemin après soixante ans d’athéisme n’est pas facile. Je commence à sortir de l’ombre." Cette renaissance au contact d’une vie fraternelle, ils sont nombreux à l’avoir expérimentée depuis dix ans que le Village existe : malades de l’alcool ou de la drogue ayant besoin d’un sas après un sevrage, handicapés, hommes et femmes souffrant de solitude, d’une rupture sociale ou affective…

Au départ de cette aventure, l’appel d’un couple, Katia et Nathanaël, à témoigner de leur foi et du sacrement de mariage comme "lieu de prière, d’accueil, de consolation et de guérison". Pour commencer, ils ont donc ouvert leur foyer à la maman de Katia atteinte de la maladie d’Alzheimer. "A la fin, Jeannette était totalement dépendante pour se lever, faire sa toilette, se nourrir, raconte Nathanaël. Elle n’avait plus que son sourire et une présence extraordinaire. A travers elle, nous avons compris que notre vocation était d’accueillir plutôt que de faire des choses pour les autres." Un accueil centré sur la prière et le travail Au fur et à mesure, leur projet a pris forme. A quarante kilomètres de Guingamp, Katia et Nathanaël ont acheté une ancienne école, située sur un terrain d’un hectare, déjà placée sous la protection de saint Joseph, la figure du père dont la plupart des personnes résidant dans cette maison ont besoin. Puis, le couple a demandé à l’évêque l’autorisation d’y garder le saint sacrement pour que cette demeure soit fondée sur l’Eucharistie. Aujourd’hui, trois autres couples les ont rejoints dans l’association qui gère le Village, et bien d’autres personnes les entourent.

Le Village comprend une maison principale – où vivent Katia, Nathanaël et leurs trois enfants –, sept studios indépendants, et sept chambres pour l’accueil. En tout, quatorze personnes peuvent y vivre ensemble, le temps moyen de passage étant de six mois à un an. D’autres y habitent de manière définitive, comme René venu du foyer de l’Arche, de Compiègne (Oise). Venu en convalescence, il a choisi d’y passer la retraite. Ce qui lui plaît : être autonome et "on prie pour les autres, c’est déjà pas mal !" La journée commence en effet par une prière le matin, la seule où la présence de tous est requise. Les autres temps proposés – comme le chapelet, l’adoration à midi, ou la messe le soir dans une communauté religieuse à dix minutes de route – sont facultatifs. Le reste du temps est réglé par le travail à l’atelier mosaïque, à la cuisine, dans le jardin potager, ou pour nourrir les bêtes, couper du bois, construire la lingerie et l’atelier de poterie… Un nouveau projet, comme celui de créer un autre foyer pour quatre à cinq personnes avec un couple, et un atelier qui soit un lieu d’apprentissage en vue de la vie professionnelle. En somme, un atelier d’insertion, mais à ce terme, l’association préfère celui d’"atelier de résurrection".

Florence Chatel

Village Saint-Joseph, 20 route de Gouarec - 22110 - Plouvenez-Quintin, tél. 02 96 24 59 83 villagestjoseph@free.fr

Ombres et Lumière n°169

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