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© www.photo-libre.fr

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Vais-je dépasser mon grand frère handicapé ?

Cette angoisse oblige le cadet à se demander comment être à la fois lui-même et un frère ou une sœur fidèle et attentif. Ses parents peuvent l’aider à trouver un équilibre.

Un père de famille racontait récemment : "Je me suis vraiment rendu compte du handicap d’Alain, mon fils aîné, quand la cadette s’est mise à marcher alors qu’il restait allongé sur la moquette. Elle parlait toujours de son « petit » frère. Quand je lui disais qu’Alain était plus grand qu’elle, elle répondait : « mais regarde, il ne marche même pas !
Que se passe-t-il lorsque l’enfant a le sentiment de "dépasser" son aîné handicapé ? Il n’y a pas de réponse unique, trop de facteurs entrent en compte : la lourdeur du handicap, la taille de la famille, la place de chacun dans la fratrie… Cela ne se produit pas de manière homogène, du jour au lendemain, mais par à-coups. Le puîné dépasse son aîné sur le plan intellectuel, affectif, ou autre.

D’une manière générale, plus cela arrive tôt, moins c’est conscient et douloureux pour le plus jeune, mais plus cela peut être déstructurant pour les deux enfants. Dans une fratrie ordinaire, il y a une compétition naturelle, une jalousie de l’aîné qui est constructive : ses prérogatives sont liées à son âge (il a le droit de se coucher plus tard, etc.). Le ou les petits sont donc poussés à chercher à leur tour le statut de "grand". Or, lorsque l’aîné est handicapé, ses prérogatives ne sont liées ni à son âge, ni à ses compétences, mais à ses déficiences. D’où le blocage du second, qui comprend que pour grandir, il faut avoir des déficiences ! Par réaction, il peut inconsciemment refuser de grandir. Ses retards sont faciles à repérer, d’autant plus qu’ils n’interviennent pas dans tous les domaines à la fois mais dans un seul : l’alimentation, la propreté, le langage, etc.

L’enfant va connaître des sentiments d’agressivité vis-à-vis de l’aîné, de soi-même aussi, qui peuvent aller jusqu’à la dépression, des sentiments de culpabilité et de honte. Il peut aussi, et c’est plus inquiétant, "sublimer les difficultés" pour devenir un enfant hyper-mature, un enfant parfait. Il sait qu’en faisant cela, d’une certaine manière il guérit ses parents de leur blessure et il leur rend la fierté d’avoir "réussi" un enfant tel qu’ils l’avaient imaginé. Les parents sont d’ailleurs eux-mêmes ambivalents envers lui.

Parler à l’aîné comme à un grand

C’est en se plaçant dans la fratrie qu’on se construit. Les parents ont donc tout intérêt à parler avec l’enfant et bien marquer la différence entre l’âge et la compétence pour remettre l’enfant handicapé à sa place : "Ton frère est l’aîné, même s’il est moins performant pour telles et telles raisons." Dessiner un arbre généalogique permet de montrer que l’aîné est tout simplement celui qui est né avant.
Souvent, on considère qu’une personne handicapée a l’âge de son âge mental. C’est une notion fausse : l’âge mental est une notion trop complexe pour se réduire à un chiffre. La façon dont les parents s’adressent à l’aîné est très importante. Lui dire : "Maman va aider Pierre parce qu’il ne peut pas lacer ses chaussures tout seul", c’est le maintenir dans un statut de bébé. Mais lui dire : "Pierre, tu n’arrives pas à lacer rapidement tes chaussures, et comme je suis pressée, c’est moi qui vais le faire" est tout à fait différent. Que le parent s’adresse à son aîné comme à un grand. C’est très important aussi de pouvoir "l’engueuler" au même titre que les autres s’il refuse de faire ce qu’on peut exiger de lui. Les frères et sœurs y seront très sensibles.

Dr Marie-Annick Maspoli, Pédiatre, directrice du CAMSP de Versailles, Ombres et Lumière n°147

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