J'avais besoin d'un interprète…

Voici la réponse d'un ami à qui j'ai transmis la dernière chronique d'Hubert Saillet « Tout va bien»...

« Oui, je comprends que tu aies pensé à nous. C’est tout à fait ça… Et quelques lectures autour, proposées en marge de la page internet, tombaient aussi "pile poil". MERCI ! »

Le merci est vraiment en majuscules. Et son épouse commente : « oui, c'est tout fait çà, avec aussi le merci de notre fils. »

Il m'a semblé que leur combat quotidien de presque 50 ans, particulièrement éprouvant et épuisant, aux côtés de leur fils atteint de myopathie et de plus en plus dépendant, rejoignait celui d’Hubert et de sa famille.

Je ne savais plus comment me faire proche d'eux : Quels mots et quels gestes trouver, en plus de la prière ? Ou respecter le silence ? Alors merci Hubert, parce que toi tu as les mots justes. Tu as été mon interprète auprès de nos amis.

Je vais plus loin : souvent, lorsque je lis ou écoute des témoignages de familles touchées par des formes de handicap différentes du handicap psychique, je m'arrête à une première réaction : « Oui, mais pour nous c'est très différent : diagnostic tardif, non-consentement au soin, crises de violence, dépression chronique.. » ; ou encore : « Tout est trop bien, voici encore une famille heureuse avec un enfant handicapé » ; ou finalement : « Nous ne sommes compris que par des familles atteintes, comme nous, par la maladie psychique. » Je ne renie rien de ces réactions, toujours présentes. Pas plus que je ne juge les personnes qui les expriment. Simplement il a suffi de lire « tout va bien mais il y a des galères », puis le récit du parcours d'obstacles harassant, pour me sentir rejoint, dans nos bagarres, désarrois, échecs de projets. Epreuves différentes, moins quotidiennes pour nous, mais encore très présentes et parfois lancinantes. Nous aussi nous continuons, proches de ceux qui traversent les mêmes épreuves.

Comme me le disait il y a quelques années un responsable de l'Unafam à qui je venais présenter Relais Lumière Espérance, notre mouvement chrétien de familles touchées par la maladie psychique : « Même bagarre, mais vous avez une source. »

L'Evangile de ce dernier dimanche de l'Année nous invite à rencontrer, à nous faire proche des personnes pauvres : nous n'avons pas à aller bien loin pour les trouver.

Pierre Sarreméjean, ombresetlumiere.fr – 27 novembre 2017

Père de quatre enfants dont deux sont atteints de maladie psychique, Pierre Sarreméjean est membre de Relais Lumière Espérance, un mouvement spirituel pour les proches de personnes malades psychiques.

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